Aujourd’hui, je perds mon papy.
Et pourtant, c’est un sentiment étrange, parce que quand je pense à toi, je pense aussi à mamie. J’ai presque l’impression qu’en te perdant, je la reperds encore une fois.
Pour moi, vous avez toujours été liés. Comme si, malgré vos disputes, malgré vos différences, vous n’aviez finalement jamais été deux personnes, mais une seule et même histoire.
Depuis petits, toi et mamie, vous nous avez toujours tout donné : beaucoup d’amour et d’attention. Quand on arrivait, mamie nous préparait toujours nos plats préférés : les patates frites, ou les migas. Et toi, papy, tu avais ta mission : remuer le plat et surtout veiller à ce que ça ne brûle pas. On arrivait et on te trouvait dans la cuisine du bas avec cette odeur incroyable.
Je me souviens aussi de vos petits rituels du soir : la soupe, le jambon… On y avait le droit aussi quand on venait.
Mamie qui rajoutait de l'huile d'olive sur la pizza et qui nous disait que c'était bon pour la santé car "natural".
Et puis, bien sûr, il y avait le pain. Ta passion.. Une véritable addiction . Pas un seul repas sans pain, même au restaurant chinois tu en demandais.. Tu nous faisais bien rire.
Tu aimais aller au marché, toi qui y avais tellement travaillé. Tu t'y sentais comme chez toi.
Et quand tu revenais, tu nous ramenais des gousses d’ail par centaines, comme si tu avais peur que le monde entier arrête d’en produire.
Et la longanisse… Tu aurais probablement pu en manger matin, midi et soir.
Et même si tu étais gourmant, tu avais une hygiène de vie irréprochable. Tu te rappelles, tu nous disais toujours de manger un fruit en dessert. Toi c'était les raisins, les figues, les kakis... Tu mangeais de tout.
94 ans... C'est tellement de souvenirs que tu nous laisses. Puis, je me souviens aussi de toi, toujours sportif. Même à presque 80 ans, tu faisais ta gym tous les matins sur ton tapis. Tu es tombé des escaliers, des échelles… et pourtant, avec ton physique impressionnant, tu t’en sortais toujours. Tu étais tellement solide, papy, que même le Covid n’a pas eu raison de toi. Tu lui as fait peur, et tu es ressorti de l’hôpital, la tête haute.
Mais ton monde, lui, s’est arrêté le jour où mamie est partie. Vous vous disputiez, comme tous les couples. Mais vous vous aimiez tellement fort.
Alors aujourd’hui, j’aime penser que vous allez enfin vous retrouver. J’espère que vous êtes ensemble maintenant, en paix tous les deux.
Tu étais un papy joyeux, souriant, une véritable force de la nature. Tu ne te plaignais jamais. Ou alors, je n’en ai pas le souvenir. Tu t’es tellement battu dans ta vie. Et tu es devenu, pour nous tous, un exemple.
Parce que nos vies ont été tellement différentes. Toi, tu as connu la guerre, la pauvreté, les sacrifices et les épreuves. Tu as dû te battre pour tellement de choses.
Ta force de caractère, tu l’as transmise à beaucoup d’entre nous. Tu nous as appris, sans forcément avoir besoin de nous le dire, à avancer, à travailler, à tenir bon. Tu es notre exemple.
Et cette force, tu l’as aussi transmise à ta fille, ma maman. Une guerrière, une battante, une femme qui se démène toujours pour les autres et qui se sacrifie en permanence. Comme toi et mamie l’avez fait toute votre vie. Je suis tellement fière d’avoir une maman aussi incroyable et aussi dévouée.
Et je sais qu’une grande partie de ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à vous deux.
Et puis il y avait le foot. Nous étions tous supporter du Barça et toi, le seul à soutenir le Real Madrid... Une fois, je t'ai même demandé quelle équipe tu supporterai s'il avait eu le match Brésil / Espagne et tu avais souris en répondant : le Brésil. Ronaldo, pelé.. tu les admirait. Sacré papy!
Mais tu peux partir tranquille, ton équipe d’Espagne t’aura fait vivre une deuxième Coupe du monde avant ton départ.
Ton départ, d’ailleurs, a été à ton image. Discret.
Tu es parti sans faire de bruit, sans rien dire, après avoir vécu tes derniers jours entouré de ta famille et, je l’espère, heureux. Et quelque part, je trouve ça beau. Même à la fin, tu pensais encore aux autres. Tu disais à maman, qui s’occupait de toi, que tu ne voulais pas être un soucis pour elle.
Alors aujourd’hui, même si c’est difficile de te dire au revoir, je veux surtout te dire merci. Tu peux partir tranquille, papy. Va retrouver mamie. Et profitez enfin de la paix que vous méritez tous les deux.
Et même si tu étais pour le Real Madrid, je terminerai avec une devise du Barça qui, finalement, te correspondait tellement bien :
El Barça nunca se rinde.
Le Barça n’abandonne jamais.
Et toi non plus, papy.
Tu n’as jamais abandonné.
Alors nous non plus, nous n’abandonnerons pas.
Et continuera à célébrer la vie pour toi et mamie.